تونس نيوز — 2005-11-23
العدد الصادر يوم 23 نوفمبر 2005، ويضم 18 مقالاً
- 23 نوفمبر 2005
- مصدر الوثيقة:
- تونس نيوز
ATS: Sommet de la société de l’information à Tunis: Berne proteste AISPP: Hamadi Jebali en danger La Banque mondiale finance un projet d’alimentation en eau des zones urbaines en Tunisie
Dr. Ahmed Manaï: Retour à « la caravane du retour » Sami Ben Abdallah: M. Jean-Jacques Descamps explique : La torture, la répression et l’absence de libertés ? M. Dridi : Lettre ouverte aux cinq députés de la république française « Elyssa »: Lettre adressée à T. Ardisson suite à l’intervention de R. Menard à son émission du 19/11/2005 Le Soir: Les amis de mes amis sont mes amis Emmanuel Dupuy : Liberez la presse! J.A. L’Intelligent:Tunisie – Suisse: Le torchon brûle J.A. L’Intelligent: Retour aux sources pour Sylvan Shalom J.A. L’Intelligent: La polémique de Tunis Reuters: Berlusconi-L’Italie retirera ses soldats avec l’accord de Bagdad AFP: Rome prête à abriter des négociations israélo-palestiniennes (Berlusconi) AP: EU shifts gears in Mideast outreach; puts more focus on democracy-building, reforms AFP: Egypte: nouveau choc électoral en vue pour samedi AFP: Ahmed Chaboun, Frère Musulman, et premier imam député en Egypte Reuters: ANALYSIS-Islamists’ strength puts Egypt rulers on back foot Reuters: ANALYSIS-Islamist gains in Egypt give Washington pause
Tunis/Sommet de l’information:
Le Conseil fédéral proteste officiellement
Lors du sommet de Tunis, l’allocution de Samuel Schmid avait été brutalement censurée par les médias tunisiens; certains passages n’ont pas non plus été traduits, notamment ceux concernant les droits de l’homme et l’indépendance des médias.
Par ailleurs, des agents du gouvernement se faisant passer pour des journalistes avaient profité d’une conférence de presse pour critiquer la Suisse.
Le Conseil fédéral a convoqué aujourd’hui l’ambassadeur de Tunisie à Berne afin de lui faire part de ses protestations officielles.
Pour voir la vidéo (01:44 min.):
http://www.tsr.ch/tsr/index.html?siteSect=501930#
(Source : le site de la Télévision Suisse Romande TSR, le 23 novembre 2005 à 20h25)
Sommet de la société de l’information à Tunis: Berne proteste
ATS, le 23 novembre 2005 à 21h54
La Suisse a formellement protesté auprès de la Tunisie contre la censure du discours prononcé la semaine passée à Tunis par Samuel Schmid lors du Sommet mondial de la société de l’information (SMSI). Berne était l’hôte d’honneur de ce sommet.
[ats] – L’ambassadeur de Tunisie en Suisse a été convoqué mercredi après-midi par le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE).Le chef de la Division politique II du DFAE (Afrique/Moyen Orient), Paul Fivat, lui a transmis oralement la protestation des autorités helvétiques, a indiqué à l’ats le porte-parole du DFAE Jean-Philippe Jeannerat.
Le président de la Confédération Samuel Schmid avait représenté la Suisse lors de l’inauguration du SMSI mercredi dernier à Tunis.
Dans son discours, il avait eu des mots durs contre la situation des droits de l’homme en Tunisie.
Le discours était diffusé en direct par la télévision tunisienne, mais la transmission s’était brusquement interrompue au moment des passages critiques contre le régime du président Ben Ali.
La traduction distribuée dans la salle de conférence ne comportait pas non plus les passages incriminés. (Source: www.bluewin.ch , le 23 novembre 2005)Sauvez la vie de Hamadi Jebali
Sauvez la vie de tous les prisonniers politiques
Association Internationale de Soutien aux Prisonniers Politiques 33 rue Mokhtar Atya, 1001, Tunis Tel : 71 340 860 Fax : 71 351 831 Tunis, le 23 novembre 2005 Communiqué
Hamadi Jebali en danger
L’AISPP a appris que le prisonnier politique Hamadi Jebali, incarcéré à la prison de Mehdia, avait commencé une grève de la faim le 5 novembre 2005 avec les prisonniers politiques Bouraoui Makhlouf, Hédi Ghali, Abdelhamid Jelassi, Mohammed Salah Gsouma et Noureddine Arbaoui et qu’ils avaient décidé de poursuivre leur grève jusqu’à ce que les autorités concrétisent leurs promesses en les libérant. L’AISPP qui a déjà exigé la libération de tous les prisonniers politiques, et notamment celle de Hamadi Jebali et de ses co-détenus à Mehdia, dans la mesure où ce dernier a déjà effectué l’ensemble de sa peine-il vient de passer quinze ans en prison-, et qu’il ne lui reste que quelques mois à effectuer, réitère sa demande de voir mis un terme à son calvaire. Les responsables de l’administration pénitentiaire lui avaient dit qu’une décision de libération avait été prise, et qu’elle serait effective à la première occasion. Or, il s’est avéré qu’il ne s’agissait que d’une pure manoeuvre aux mobiles obscurs. Il en a perdu confiance dans toute nouvelle promesse et a informé son épouse qu’il continuerait sa grève de la faim jusqu’à la mort s’il n’était pas libéré. (…) L’AISPP exprime sa crainte que leur grève de la faim illimitée, s’ils venaient à la poursuivre, ne débouche sur une issue funeste. Le désespoir les a fait passer outre les appels d’un grand nombre d’associations de droits de l’homme qui leur demandaient de suspendre la grève pour pouvoir transmettre leurs appels aux parties responsables. Le président de l’association Maître Mohammed Nouri (traduction d’extraits, ni revue ni corrigée par les auteurs de la version originale, LT)Robert Ménard de RSF à “Tout le monde en parle” d’Antenne 2
(Source : www.pdpinfo.org, le 23 novembre 2005)
La Banque mondiale finance un projet d’alimentation en eau des zones urbaines en Tunisie
Également disponible en: English , Arabic Press Release No:2006/158/MNA
Contact: Lara Saade (202) 473-3245 lsaade@worldbank.org
WASHINGTON, le 17 novembre 2005 — La Banque mondiale a approuvé aujourd’hui l’octroi d’un prêt de 38 millions de dollars, assorti de la garantie de la République tunisienne, à la Société nationale d’exploitation et de distribution des eaux (SONEDE) pour un projet d’alimentation en eau des zones urbaines.
De tous les pays à revenu intermédiaire de la région Moyen-Orient et Afrique du Nord, la Tunisie est celui qui présente les plus forts taux d’accès aux services d’alimentation en eau et d’assainissement, ce qui est à mettre au crédit de sa politique d’infrastructure. À l’heure actuelle, 96 % de sa population urbaine et 52 % de sa population rurale ont accès à des services d’assainissement améliorés. À la fin de 2006, l’accès à l’eau potable sera quasiment universel (proche de 100 % en milieu urbain et de 90 % en zones rurales). Le secteur de l’alimentation en eau est néanmoins confronté à certains problèmes, notamment l’accroissement de la demande conjugué à la rareté des ressources, et la SONEDE doit renforcer son efficacité tout en fournissant une eau et un service client de bonne qualité.
Le projet a un double but : maintenir la fiabilité et la qualité des services d’alimentation en eau dans le Grand Tunis et dans certains autres centres urbains par l’expansion, l’amélioration et le renouvellement des infrastructures correspondantes ; et renforcer la compétitivité de la SONEDE et sa viabilité à long terme par la modernisation de ses pratiques de gestion et de ses systèmes d’information, pour lui permettre ainsi de mieux contrôler ses coûts, d’accroître ses recettes et de mieux répondre aux besoins de sa clientèle.
« Il s’agit du neuvième projet que la Banque mondiale finance pour la SONEDE depuis la création de cette société en 1968 », a fait observer Pier Mantovani, chef d’équipes de projet. « Nous avons affaire à une entreprise chevronnée et très performante, qui cherche à accroître son efficacité alors qu’elle passe du stade de l’expansion à celui de la consolidation. »
Le projet comprend une composante d’infrastructure et une autre axée sur le renforcement des capacités :
- La composante d’infrastructure recouvre les besoins prioritaires à satisfaire afin d’éviter des déficits de service dans un avenir aussi proche que l’année 2010, et de répondre à la demande jusqu’en 2025. À ce titre, le projet doit améliorer les réseaux d’eau dans trois régions d’exploitation de la SONEDE : Grand Tunis, Nord et Centre.
- La composante consacrée au renforcement des capacités porte sur la réalisation d’études et la mise en place d’outils décisionnels, ainsi que la modernisation des systèmes d’information clés, de manière à améliorer les performances de l’entreprise en matière de gestion de service public, de planification, de contrôle des coûts et de service client.
Le prêt s’inscrit dans le droit fil de la stratégie d’aide-pays définie par la Banque mondiale pour la Tunisie en 2004, stratégie qui s’attache à améliorer la compétitivité de l’économie tunisienne et de son secteur privé, et à relever la qualité de ses services sociaux. En finançant l’expansion de services d’alimentation en eau potable de bonne qualité, le projet aidera en outre le pays à atteindre ses principaux objectifs de développement pour le Millénaire (ODM) dans les domaines environnemental et sanitaire. Il va en particulier dans le sens des objectifs définis par la Tunisie pour son secteur de l’eau, et appuie une tranche des investissements correspondants prévus dans son Dixième plan de développement économique (2002-2006).
Le projet sera financé par un prêt d’investissement spécifique accordé à la SONEDE avec la garantie du Gouvernement tunisien. Le prêt émanera de la Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD), membre du Groupe de la Banque mondiale spécialisé dans la fourniture de prêts et de services d’assistance technique aux pays à revenu intermédiaire.
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Retour à « la caravane du retour »
Ahmed Manaï A l’annonce de ma décision de participer à « la caravane du retour » que l’ami Noureddine Khatrouchi avait appelé à organiser dès le mois de juillet et en avait trop hâtivement fixé la date avec le début du SMSI à Tunis, des amis m’ont écrit pour me souhaiter un bon retour et me donner leurs numéros de téléphone, en cas de besoin. D’autres, avec lesquels j’ai des engagements pour le mois de novembre m’ont contacté pour convenir d’autres rendez-vous. Et je pense qu’il doit y avoir beaucoup d’autres qui se demandent, en toute bonne foi, pourquoi je ne suis pas déjà à Tunis, conformément à mon engagement, sans compter tous les ectoplasmes qui pérorent sur le manquement à la parole donnée, prêchant à qui veut les entendre qu’il ne s’agissait, dans toute cette affaire, que de surenchère ! Ces derniers ne sont pourtant pas des émigrés ou des exilés, mais des réfugiés politiques avec un statut administratif particulier qui les place dans une situation de rupture avec leur pays d’origine et tous devraient savoir, moyennant un minimum d’honnêteté, que les chemins du retour sont longs et tortueux. Ils devraient donc savoir qu’il ne suffit pas à un réfugié de décider de rentrer au pays pour pouvoir le faire car il peut se passer des mois, voire plus, pour qu’une telle décision puisse se concrétiser et cela seulement…dans le cas où les autorités tunisiennes consentiraient à fournir un passeport au candidat au retour ! Un cadre européen, un employé ou même un Rmiste peut décider, en fin de semaine et à la dernière minute, de passer un week end à Hammamet ou à Djerba. Il prend son sac, son passeport, une simple carte d’identité ou même son permis de conduire- certains prétendent qu’il peut le faire avec juste la carte orange- achète un billet « Last minute » à 50 euros tout compris et arrive deux heures après à destination. Il n’a pas besoin de demander un visa d’entrée en Tunisie, paradis aux portes largement ouvertes aux touristes, mais qui deviennent tout simplement blindées et infranchissables à ses propres citoyens. Cela mérite d’être expliqué bien que je l’aie déjà fait une première fois le 14 octobre 2004 en réponse à une question de elkhadra. Emigrés, exilés et réfugiés : Les Tunisiens à l’étranger appartiennent à trois catégories : 1) La première catégorie est constituée d’émigrés, résidant légalement ou clandestinement dans des pays étrangers et disposant de leurs papiers tunisiens. Un grand nombre d’entre eux a acquis, avec le temps, la nationalité du pays d’accueil et leurs enfants, nés dans le pays d’immigration en sont devenus tout simplement ses citoyens. Ceux-là peuvent à tout moment rentrer en Tunisie même avec leurs papiers non tunisiens au cas ils n’auraient pas de papiers tunisiens. 2) La deuxième catégorie, très peu nombreuse, est constituée d’exilés politiques qui n’ont pas eu besoin de demander l’asile dans un quelconque pays pour y séjourner régulièrement. Dans les années 50 et 60, par exemple, les exilés étaient Youssefistes, Nasséristes et Baathistes. Ils avaient choisi de s’installer dans des pays arabes et avaient conservé pour la plupart leurs papiers tunisiens. Ceux d’entre eux qui n’avaient pu renouveler leur passeport tunisien avaient obtenu le passeport du pays d’accueil pour leurs voyages, sans avoir à demander la nationalité du pays. Ils n’avaient pas besoin de statut de réfugié dans ces pays qui ne le reconnaissaient d’ailleurs que très rarement. Ces exilés avaient pris le chemin du retour quand ils ont réussi à régler leurs problèmes avec les autorités de leur pays, d’autres ont fini leur vie dans ces pays d’accueil. Dans les années 70 et 80 les opposants contraints à l’exil appartenaient à des mouvements marxistes. C’étaient pour la plupart des étudiants ou anciens étudiants en France ou dans d’autres rares pays européens et ils avaient choisi le plus normalement du monde de s’installer en France. Ils n’avaient pas besoin de demander le statut de réfugié politique parce que les conditions de séjour dans ce pays étaient très faciles. Nombre d’entre eux avaient obtenu par la suite la nationalité française et sont devenus les citoyens des deux rives. Plus récemment encore, certains d’entre eux, porteurs de la seule nationalité tunisienne, ont repris le chemin de l’exil et ont séjourné régulièrement dans ce pays sans avoir à demander l’asile Ils ont renouvelé régulièrement leurs passeports et le jour où ils ont décidé de renter au pays, avec ou sans filet de sauvetage, ils ont pu le faire aisément. Certains anciens responsables politiques sous Bourguiba s’étaient trouvés jusqu’à tout récemment, dans cette situation : exilés mais pas réfugiés ! 3) La troisième catégorie, née essentiellement de la répression des années 90, est faite de réfugiés politiques, c’est-à-dire de gens qui ont rompu avec les autorités de leur pays et qui se sont mis sous la protection du pays d’asile (conformément à la convention du 28 juillet 1951 des Nations Unies). C’est le pays d’asile qui leur fournit les fiches d’état civil, à eux et à leurs enfants, la carte de résidence et le titre de voyage. Il leur est interdit d’avoir le moindre contact avec les autorités de leur pays à moins de renoncer à leur statut. Le titre de voyage du réfugié, par exemple, n’est pas le passeport Français ou Hollandais d’un tunisien qui a la double nationalité et qui lui permet d’aller en Tunisie quand il veut, mais un document valable pour tous les pays sauf la Tunisie. Que doit faire un réfugié politique tunisien pour pouvoir rentrer dans son pays ? De nombreux réfugiés du mouvement Nahdha, (l’écrasante majorité des réfugiés des 15 dernières années), ont pu rentrer au pays ces dernières années à travers la solution individuelle de leurs problèmes avec les autorités de leur pays, via les services du ministère de l’intérieur dans les consulats tunisiens à l’étranger. C’est ainsi qu’ils ont pu obtenir des passeports et rentrer en Tunisie. Certains avaient obtenu auparavant la nationalité du pays d’accueil (la consultation régulière du Journal officiel français, par exemple, est à cet égard très instructive) et ont renoncé à un statut de réfugié devenu caduc. A ma connaissance aucun d’entre eux n’est retourné au pays pour s’y installer définitivement et encore moins pour continuer son combat politique. Le projet de la « caravane du retour », initié par Noureddine Khatrouchi et auquel j’ai adhéré sans réserve, n’est pas un pèlerinage ou un voyage de vacances. Mais quelque soit sa nature, il faut, pour le concrétiser, que les réfugiés qui veulent s’y engager, renoncent au préalable à leur statut et entreprennent les démarches nécessaires auprès des consulats tunisiens pour obtenir une carte d’identité et un passeport. Il semble qu’il n’y a pas de problème pour la carte d’identité, mais pour le passeport c’est autre chose. Mais pour se faire confectionner une carte d’identité, il faut disposer d’un extrait d’acte de naissance délivré par la mairie de la ville de naissance en Tunisie. Personnellement, je suis encore à. ce stade Pour éviter à mes proches des ennuis inutiles, j’ai demandé à un avocat de me faire sortir un extrait de naissance et j’attends toujours. D’autre part, j’avais décidé depuis le 28 mai 2002, date à laquelle avait expiré mon titre de voyage de réfugié de ne pas le renouveler. Je voulais en finir avec un statut qui me pèse beaucoup et que je n’ai sollicité, contraint et forcé, qu’à la suite de l’évasion de ma famille en octobre 1992. Projetant d’accomplir cette année le pèlerinage à la Mecque et doutant fort que le consulat de Tunisie accepte de me délivrer un passeport à cet effet, j’ai demandé, le 7 juillet 2005, le renouvellement de mon titre de voyage, ce qui vient d’être fait en date du 28 octobre. Ma femme et mon fils avaient obtenu les leurs au bout de 17 jours !!! Ces quelques remarques enfin concernant le projet de la caravane du retour et la manière dont il a été présenté : *Noureddine Khatrouchi aurait dû prévenir dès le début, de la complexité de la situation administrative et surtout du fait que l’octroi de passeports à des gens engagés dans une action politique ne peut se faire que par une décision du pouvoir politique. *Je ne suis pas étonné du peu de réactions de la plupart des personnes citées dans son appel et dont certaines avaient protesté d’avoir été oubliées dans la première mouture Au bout de 15 ou 20 ans d’exil, les réfugiés constituent une humanité à part. Et je ne serais pas surpris que le jour où la dictature tombe, peu d’entre eux se décideront à rentrer au pays et à s’y installer. En 1983, après l’élection de Raoul Alfonsin à la présidence de la République et le retour de la démocratie en Argentine, le Quai d’Orsay avait affrété un avion pour le retour des exilés argentins chez eux. Roland Dumas s’y est retrouvé pratiquement seul avec les hôtesses de l’air ! *Le silence des organisations tunisiennes de la société civile et politique qui ont pour la plupart inscrit le retour des exilés en bonne place dans la liste de leurs revendications, est encore moins étonnant. Elles ont l’habitude, comme leurs consoeurs européennes, de s’agiter pour des victimes résignées et voilà qu’elles se retrouvent avec des acteurs qui se prennent en charge et proposent une perspective politique à leur action. Un grand merci à tous ceux et celles, nombreux, qui ont manifesté leur soutien à cette initiative. Le projet de « la caravane du retour » est lancé. Tous ceux qui y ont adhéré et qui viendront à le faire dans les prochains mois, savent à quoi ils se sont engagés et en feront j’en suis sûr, leur raison d’être pour…cette année 2005- 2006 qui marque le cinquantième anniversaire de la Tunisie. Ahmed Manaï 23 novembre 2005M. Jean-Jacques Descamps, un des 9 députés UMP qui a signé le Communiqué de soutien à M. Ben Ali explique :
La torture, la répression et l’absence de libertés ?
” Je dis à mes amis Tunisiens de faire un effort. Mais vous savez, dans ces pays là…
Par Sami Ben Abdallah
Il est un des 9 députés français qui ont publié un Communiqué la semaine dernière pour soutenir M. Ben Ali. Eric Raoult, vice-président de l’Assemblée nationale, Philippe Briand, président du Groupe d’amitié France-Tunisie, Pierre Lellouche, Didier Quentin et René André étaient 5 au départ, avant d’être rejoints par 4 autres députés, Messieurs Jean-Jacques Descamps, Georges Fenech, Jean Proriol et Jean-Luc Reitzer.
Dans cet appel intitulé ” La Tunisie a des amis, Ben Ali n’est pas notre ennemi “, les députés français dénoncent ceux qui ” montrent du doigt la Tunisie ” mais qui ” n’en bougent pas un seul pour expliquer son cheminement vers le changement. Plutôt que de porter des accusations sans discernement contre les responsables tunisiens, posons un regard objectif, vraiment objectif, sur la Tunisie d’aujourd’hui “. Une position qui contraste avec la position même de La France qui, par la voix de son Ministre des affaires étrangères, lui-même issu de l’UMP, avait déclaré qu’il était ” très important que les droits de l’homme soient respectés en Tunisie “, que la France était ” très attentive “ à cela, et que le respect de ces droits constituait ” un élément du dialogue bilatéral “ avec la Tunisie.
Il est à rappeler que l’UMP et l’assemblée Nationale joints par téléphone à Paris depuis la parution du Communiqué en question avaient insisté sur le fait que ce Communiqué n’engageait ni l’UMP ni l’assemblée Nationale, mais uniquement les députés signataires ” à titre personnel “. Le fait que, parmi les signataires de ce Communiqué, on remarque la présence du Député Philippe Briand, président du groupe amitié ” Tunisie-France ” et du députés Eric Raoult, vice-président de l’Assemblée nationale ” n’engage pas l’UMP ni l’assemblée nationale “ selon le service de presse de l’UMP qui explique que ” les groupes d’amitiés dépendent de l’Assemblée Nationale et concernant la Tunisie ou un autre pays, aucune position ne peut être rendue publique sans un débat préalable “. Il ajoute ” pour le cas de ce Communiqué, le thème n’a pas été abordé en groupe et donc, il s’agit d’une position personnelle des co-signataires “.
M. Jean-Jacques Descamps est l’un des 9 députés signataires du dit Communiqué. Joint aujourd’hui par téléphone à Paris, il explique les raisons de son soutien au pouvoir tunisien.
Sami Ben Abdallah : M. Le député, la semaine dernière l’AFP a publié un Communiqué où il n’ y a que 5 députés signataires. Cette version a été ” corrigée ” par les médias officiels tunisiens qui citent 9 députés dont vous même.
Monsieur le député Jean-Jacques Descamps : Absolument, je suis signataire de ce Communiqué auquel je me suis joint après sa publication le mercredi. Au départ, ils étaient 5, plus tard, il y en a eu 4 autres qui les ont rejoint dont moi-même.
SBA. Etes vous au courant de la situation des libertés en Tunisie ?
Mer. J.J.D. Je fais partie du groupe d’amitié France-Tunisie à l’assemblée nationale et je vais en Tunisie 2 ou 3 fois par an. Mais je compare l’évolution de la Tunisie avec d’autres pays et je trouve que la Tunisie évolue d’une façon intéressante ne serait-ce que sur le plan du développement économique, le plan de l’évolution de la société tunisienne et que le fait d’avoir organisé le congrès de L’ONU, le SMSI, c’était aussi un événement intéressant qui montre que la Tunisie est parmi les pays méditerranéens , qu’elle prend bien sa place , elle résiste aux tentations peut être d’autres pays en matière d’extrémisme religieux, elle garde une grande laïcité au niveau de son fonctionnement, donc tout ça va très bien…
SBA. Et au niveau de l’étouffement des libertés souvent dénoncé par des ONG tunisiennes et Internationales, la torture…
Mer. J.J.D. Je dis à mes amis tunisiens qu’il fasse des efforts pour essayer d’améliorer les choses sur ce plan là, mais dans un pays comme celui-là, il est à la fois très difficile de trouver l’équilibre entre les perturbateurs qui ont le droit de s’exprimer mais pas non plus de perturber la vie économique et sociale du pays, et surtout le reste de la population qui a surtout envie de croître, de se développer et de voir son niveau de vie s’améliorer.
Trouvez-vous donc normal que le pouvoir tunisien aie recours à des moyens d’intimidations, y compris même envers des journalistes étrangers dont votre compatriote, le journaliste de Libération ?
Je ne trouve pas ça normal. Dans tous les pays du monde, il faut trouver un équilibre entre l’ordre et la justice, entre la sécurité et la liberté, et rien n’est jamais parfait ni dans un sens ni dans l’autre.
S.B.A. Donc, vous trouvez que ce que fait le pouvoir tunisien aujourd’hui fait parti de cet équilibre, qu’il est sur la bonne voie
Mer J.J.D. Exactement. Je préfère de beaucoup travailler avec la Tunisie et le Maroc que de travailler avec d’autres pays d’Afrique ou du Moyen-Orient où cet équilibre n’est pas toujours trouvé.
S.B.A. Aux personnes qui sont torturées en prison, qui ont vu leur proches décédés sous la torture, vous dites donc qu’il s’agit d’un équilibre entre l’ordre et la justice ?
M.J.J.D. Le député n’a pas souhaité répondre à cette question.
Fin- Merci à Mr le député pour avoir répondu à ces questions.
Sami Ben Abdallah
22/11/2005
Lettre ouverte aux cinq députés de la république française :
M.Pierre Lellouche
M.René André
M.Didier Quentin
M. Philippe Briand
M.Eric Raoult
Messieurs les 5 députés UMP,
A travers votre Appel « La Tunisie a des amis, Ben Ali n’est pas notre ennemi »
Vous avez choisi en votre âme et conscience de soutenir comme vous dites la Tunisie .Dans une autre langue autre que la langue de bois vous avez choisi de soutenir le régime mafieux policier dont le chef est l’actuel président Ben Ali.
Vous avez choisi en connaissance de cause de poignardé dans le dos le peuple tunisien qui souffre le martyre en silence depuis 18 ans en préférant s’attacher à vos intérêts personnels
et nationaux au détriment de ceux de tout un peuple qui n’est pas le votre et dont vous vous foutez royalement.
Vous avez choisi à contre courant alors que le monde entier reconnaît aujourd’hui le caractère mafieux de régime tunisien de capoter le combat mené par la société civile tunisienne harcelée, malmené et oppressée nuit et jour pour son combat pour les droits de l’homme les plus élémentaires.
Vous avez choisi clairement à travers votre appel de camoufler et de porter atteinte à tout effort qui tente de démasquer un régime, l’un des plus tortionnaires au monde ,et l’un des plus hostiles aux libertés de l’homme. Un régime dont vous êtes des plus fins connaisseurs.
Vous avez utilisé les arguments du régime même pour le défendre depuis votre hémisphère qui à abriter d’antan Victor Hugo, quel gâchis qu’il abrite aujourd’hui des personnes de votre trompe.
Messieurs les 5 députés,
Pour vous la démocratie ,les droits de l’homme ,et le droit d’_expression sont les privilèges des riches au détriment des pauvres, du nord au détriment du sud, des juifs et chrétiens au détriment des arabes et musulmans, et de vos idéologies personnelles au détriment de toute autre forme de pensée.
Finalement la démocratie est faite pour les gens « bien » comme vous au détriment des autres peuples « barbares » qui sont bons à être gouverné par le feu et le fer tant que cela ne se passe pas devant vos propres yeux. Autrement vous sous-traitez l’oppression d’un peuple à son gourou pour préserver vos intérêts et celle de votre idéologie personnelle, nationale et internationale.
Messieurs, vos opinions sont sans équivoque plus destructibles, plus nocifs et plus nuisibles pour les démocrates du monde que les armes de destructions massifs. Vous courez pour porter secours à un régime de plus en plus isolé dans le monde, votre alibi que vous dissimulez et le rapprochement entre Israël et le régime mafio-policier.
Sachez et vous le savez, que les huit personnalités tunisiennes dignes qui ont entamé une grève de la faim depuis un mois pour réclamer les droits de tout un peuple qui a eu le droit à une constitution l’une des plus éclairée avant même certaines démocraties européennes, n’ont d’armes pour lutter contre un régime qui compte parmi ces supporters des personnes de votre rang, que leurs corps qui s’éteignent jour après jour.
Le 19 Novembre les projecteurs se détourneront de Tunis, et le régime de Ben Ali, punira ceux qui ont réclamé leur droit d’exister et de penser en toute liberté et aura sûrement des gens comme vous pour calmer les esprits les plus critiques à l’égard du régime tunisien dans les coulisses de la politique française au nom du principe fasciste ” Un peuple terrorisé et mieux qu’un peuple terroriste” l’alibi d’excellence évoqué par les dictatures pour s’éterniser au pouvoir comme fut le cas du général Ben Ali votre ami de circonstances.
Messieurs ne venez pas dire au monde entier dans des années que vous ne le saviez pas.
La France restera un pays de droits de l’homme malgré la qualité de plus en plus dégradante de ses dirigeants, et continuera à compter parmi son peuple des personnalités dignes de gauche comme de droite ou des citoyens français tout simplement qui sauront utiliser leurs carte d’électeurs pour sanctionner des personnes de votre type qui font la politique avec un petit “p” et qui resterons dans les anales des lobby les plus médiocres.
Malgré vos tapages le peuple tunisien continuera sa longue marche vers la liberté et le peuple français avec l’amitié qu’il partage avec le peuple tunisien continuera à soutenir les amoureux des libertés.
Vive La Tunisie
Vive la France
Paris, le 17 Novembre 2005
M. Dridi (*)
Citoyen français/tunisien.
Ingénieur de son état.
“Le monde est dangereux à vivre ! Non pas tant à cause de ceux qui font le mal, mais à cause de ceux qui regardent et laissent faire”
Albert .Einstein
(*) Publier mon identité complète exposera ma famille présente en Tunisie à des représailles .Par ailleurs je ne peux pas avoir confiance aux messieurs les députés :Une personnalité politique qui arrive à trouver des arguments pour soutenir un tortionnaire sanguinaire est une personne politique –voyou à craindre.
Lettre adressée à T. Ardisson suite à l’intervention de R. Menard à son émission du 19/11/2005
Par : « Elyssa », Docteur en Droit. Avocate
Monsieur Ardisson,
En tant que tunisienne j’ai été horrifiée d’entendre de votre bouche, que les tunisiens doivent accepter de vivre sous un régime dictatorial et policier.
Pour parler de la Tunisie vous n’avez cessé d’évoquer l’Iran, de quoi parler vous ? De la Tunisie ou de l’Iran? Cet argument selon lequel, les peuples arabes doivent se contenter d’une dictature pour éviter un régime islamiste est honteux et insultant !
Que croyez-vous? Que les tunisiens sont un peuple de mineurs dégénérés et incapables de s’autodéterminer ? De pouvoir décider pour eux-mêmes ce qui correspond au mieux à leurs intérêts? Pourquoi comparer la Tunisie à l’Iran ? Le contexte de l’Iran dans les années soixante dix n’a rien à voir avec la Tunisie actuelle.
Chaque pays a son histoire propre, raisonner de cette manière est culturaliste et tout simplement raciste et ne prend pas en compte le contexte de chaque pays. En Tunisie, il n’y a pas de révolution islamiste qui risque de se préparer, il y a en revanche une volonté de la part des opposants politiques, qu’il y ait une alternative au pouvoir car nous sommes gouvernés par un individu qui n’a aucune légitimité et qui sème la terreur.
Pourquoi ce qui est bon pour l’occident ne l’est pas pour les Arabes? Est-ce votre mépris pour eux qui vous fait dire ça?
Si la Tunisie ne coopérait pas avec les Etats-Unis à l’instar de la Syrie, vous ne tiendrez pas de tels propos ; vous diriez là qu’il s’agit d’un régime policier où les droits et libertés individuelles et politiques sont complémentèrent bafoués et que par conséquent il faut le renverser.”
S’’il doit y avoir un changement de régime ce n’est pas à vous monsieur l’animateur de télé de décider mais c’est AU PEUPLE QUI SOUFFRE SOUS UN REGIME FASCISTE.
Vous dites que la Tunisie est un « pays laïc », pour votre gouverne, l’article 1er de la constitution tunisienne stipule : “l’islam est la religion de l’Etat”, et les dispositions du code du statut personnel qui pose des principes d’égalité entre l’homme et la femme, contient encore des dispositions de la charia’a.
Le code fait l’objet d’interprétation par le juge judiciaire à la lumière de la charia’a lorsque le juge estime qu’elle fait partie des sources du droit, et pourquoi donc ? Parce que dans la mémoire collective, les règles musulmanes sont considérées comme devant perdurer.
Je ne suis pas toujours d’accord avec cette méthode d’interprétation du juge, surtout quand il y a non respect de l’égalité homme femme ou du choix et des libertés des individus. Mais il s’agit d’une forme parmi d’autre de concevoir le droit. Pour ma part, on peut s’inspirer de l’islam, car dans cette religion, il existe des principes d’égalité, en Islam, tout est question d’interprétation.
Ceci était un petit cours de droit et de méthodologie juridique musulmane pour vous donner un petit aperçu de la réalité que vous ne connaissez pas.
Je n’adhère pas aux partis politiques qui défendent une approche normative de l’islam, je ne porte pas le voile, mais je suis contre l’emprisonnement et les tortures faites aux islamistes car ce traitement est le lot de tous les militants des droits de l’homme et de toutes tendances.
Je suis pour un processus démocratique, et si les gagnants défendent des positions que je ne partage pas, je voudrais pouvoir m’exprimer et proposer une alternative. Je voudrais vous demander un peu de respect, pour les avocats, magistrats, journalistes et universitaires, élites du pays, qui ne peuvent plus exercer leur fonction, qui sont agressés dans la rue par des flics en civil, car ils ont osé exprimer une critique de la situation judiciaire et politique de la Tunisie.
À moins que vous ayez un intérêt occulte à défendre Ben Ali?
(Source : Texte publié par « mokipasse » sur le forum « Taht Essour » de nawaat.org, le 22 novembre 2005 à 10h28 AM)
URL : http://www.nawaat.org/forums/index.php?showtopic=10082
Les amis de mes amis sont mes amis
Thomas Gunzig Ecrivain Ça n’est facile pour personne. Ben Ali, par exemple, dans quel pétrin il s’est mis avec son « Sommet mondial sur la société de l’information ». Sa fête a mal tourné. Comme quand des gens s’invitent chez vous pour fouiller dans vos CD. Ça énerve ! Déjà qu’organiser une fête comme ça, ça coûte un paquet, alors voir arriver, dans le sillage des délégations officielles, ces horribles journalistes venus poser des questions à… la population ! Quel mauvais goût ! Est-ce qu’on interroge les boeufs au sujet de McDonald ? Pas étonnant qu’il ait fini par sévir en demandant à de jeunes sportifs des services spéciaux de casser la figure à Christophe Boltanski de Libération ou au caméraman de la RTBF, Jean-Jacques Mathy. Heureusement, on a bien compris Ben Ali et son petit coup de sang et personne ne lui en a voulu. Jacques Chirac, après deux jours, s’est contenté de demander « toute la lumière » sur cette affaire. Nul doute qu’il y pensera, Ben Ali. D’ailleurs, dans la foulée, il a arrêté un petit voleur de 17 ans qui traînait, paraît-il, dans le coin. Bien entendu, certaines mauvaises langues prétendent qu’il en aurait été autrement si Chirac et Ben Ali n’avaient pas été copains comme cochons, que si tout ça s’était passé en Iran, ça aurait gueulé pas mal à l’Assemblé nationale. Ou encore que si la Tunisie n’était pas un des premiers partenaires économiques de la France, Chirac aurait dit à Ben Ali de faire le ménage dans les locaux de sa police… Ben Ali, de toute façon, il a plein d’amis, ce qui prouve bien que c’est un homme de coeur. Son deuxième meilleur ami, c’est Berlusconi qui lui rendait visite mardi pour manger un bout et parler un peu de choses et d’autres, en tout cas pas des grévistes de la faim, de la répression, de la torture ou bien des prisonniers d’opinion. Il y avait des sujets plus importants : les 700 entreprises italiennes ou à participation italienne installées en Tunisie. Le projet de gazoduc qui reliera l’Algérie à l’Italie en traversant le territoire tunisien, ou le projet de privatisation de l’opérateur public Tunisie-Télécom dont 35 % du capital, détenu par l’État, doivent être prochainement cédés à un opérateur privé. Alors, comme le meilleur copain de Berlusconi, c’est Poutine, avec qui il vient de fêter la construction de Blue Stream, le plus grand gazoduc sous-marin du monde et comme Poutine, c’est Gazprom et comme Gazprom alimentera bientôt une partie des réchauds français à la place de Gaz de France, ça fait une bonne raison de plus pour Chirac de trouver qu’il fait bon vivre en Tunisie. Et qu’au-dessus des « Droits de l’homme », il y aura toujours ceux du business. (Source : « Le Soir » (Bruxelles – Belgique), rubrique : « Forum », le 23 novembre 2005, p. 17)TRIBUNE
LIBEREZ LA PRESSE!
Emmanuel Dupuy (*) Le sommet mondial sur la société de l’information qui se déroule actuellement sous nos yeux à Tunis, dans un pays où la population en est honteusement privée et où les vertus fondamentales de la démocratie que sont la liberté de la presse et le pluralisme politique, n’a pas cours a quelque chose de révoltant. Pourtant aucun des Etats, européens ou non, qui y participent n’ose dire sur place combien le droit d’_expression est le droit fondamental de la liberté individuelle. Organisé sous l’égide de l’Onu, dans un Etat policier où l’on bafoue régulièrement le droit d’_expression, ce sommet ne fait qu’avaliser d’odieuses habitudes prises par le régime Ben Ali, dont, en se taisant, les chancelleries européennes plus particulièrement se font les complices. Combien faudra t-il encore d’agressions de journalistes, à l’instar de Christophe Boltanski de Libération, de reporters refoulés, comme Robert Ménard ces derniers jours, d’équipes de télévisions cornaquées par la police, de responsables associatifs, syndicaux et militants des droits de l’homme obligés de faire une grève de la faim dans leur propre pays, pour se faire entendre, pour comprendre que Ben Ali n’est pas l’ami des démocrates. Comme le rappelle le journaliste Henri Weill, auteur d’un ouvrage au titre évocateur de « Journalistes, des mots et des doutes » , combien faudra t-il de journalistes, otages en Irak et en Colombie, victimes expiatoires en Iran, en Birmanie, en Chine ou assassinés en Côte d’Ivoire… pour comprendre que nous nous déshonorons en faisant semblant de ne pas voir. Informer est un combat dans bien des pays où le journaliste, historien du quotidien, rend compte et interroge parfois nos propres compromissions…Suffit-il, en France, au Quai d’Orsay et au ministère de la coopération de dire qu’il faut être, malgré tout, présent à Tunis pour changer les choses de l’intérieur, quand on n’hésite pas à éteindre les micros à sa guise quand le verbe se fait plus critique ? Que dire par ailleurs de l’attitude pour la moins légère des Nations Unies. Comment ne pas percevoir, à travers cette compromission, au mieux du cynisme au pire de la lâcheté ? Les chefs d’Etat et de gouvernement ne sont pas venus…Est-ce pour autant un acte de résistance à louer ? Ne devons-nous pas plutôt nous poser cette légitime question, qui plus est en tant qu’Européens, qui consiste à nous demander comment nous avons pu en arriver là ? Comment un tel sommet, que personne ne souhaitait vraiment être organisé à Tunis, peut se tenir sous nos yeux, ébahis, de voir comment, en quelques jours, la Tunisie a su démontrer que les droits de l’homme, ces principes universels proclamés par les 191 Etats qui composent l’Onu, s’arrêtent souvent et en toute impunité aux frontières de certains… ? Circulez, il n’y a décidemment rien à voir… (*) Emmanuel Dupuy est Secrétaire général de l’Institut Prospective et Sécurité en Europe (IPSE)Tunisie – Suisse
Le torchon brûle
Délicates depuis plusieurs années, les relations entre la Tunisie et la Suisse ont connu une nouvelle dégradation le 16 novembre: on a frôlé l’incident diplomatique. La Suisse, qui avait accueilli à Genève, en décembre 2003, la première phase du Sommet mondial sur la société de l’information (SMSI), avait en effet émis des réserves quant au choix de Tunis pour l’organisation de la deuxième phase (16-18 novembre 2005). Samuel Schmid, le président de la Confédération, avait même laissé entendre que le discours qu’il prononcerait dans la capitale tunisienne serait « corsé » et insisterait sur le respect des droits de l’homme. Il a tenu promesse, au grand dam de ses hôtes. Il est vrai que ces derniers auraient pu se montrer plus prévenants à son égard. Contrairement à tous les usages, aucun ministre ou responsable de haut rang ne s’est déplacé pour l’accueillir à l’aéroport de Tunis-Carthage, où seul le chef du protocole du ministère des Affaires étrangères était présent. (Source : JA/L’Intelligent N° 2341 du 20 au 26 novembre 2005)
Kaddafi était là… sans être là
par ABDELAZIZ BARROUHI Arrivé en Tunisie par la route le 15 novembre, le « Guide » libyen Mouammar Kaddafi n’a pas assisté à la cérémonie d’ouverture. Il est resté sous sa tente plantée dans le jardin d’une villa d’hôtes de marque à Gammarth, dans la banlieue nord de Tunis. Certains disent que c’était pour éviter de se retrouver dans la même salle que la délégation d’Israël. Il devait prononcer un discours le deuxième jour dans l’après-midi, mais il s’est décommandé à la dernière minute. Il a en revanche reçu les présidents Ben Ali et Abdelaziz Bouteflika… sous sa tente. Finalement, c’est son ministre des Affaires étrangères, Abderrahmane Chalgham, qui prononcera le discours de la Libye en assemblée plénière du SMSI. (Source : JA/L’Intelligent N° 2341 du 20 au 26 novembre 2005)
Retour aux sources pour Sylvan Shalom
par ABDELAZIZ BARROUHI Un communiqué de l’ambassade d’Israël à Paris à la veille du SMSI a annoncé une rencontre du ministre israélien des Affaires étrangères Sylvan Shalom avec le président tunisien Zine el-Abidine Ben Ali. Il n’en a rien été. Convié au Sommet, conformément aux règles de l’ONU qui exigent que les représentants de tous les pays membres soient invités, Sylvan Shalom a eu droit à une poignée de main du président tunisien, comme tous les autres chefs de délégation, lors du dîner que celui-ci leur a offert le premier jour du Sommet. Shalom, qui a aussi salué son homologue tunisien Abdelwahab Abdallah, a demandé dans son discours la normalisation des relations avec la Tunisie. Outre une rencontre avec le secrétaire général de l’ONU Kofi Annan, le ministre israélien a eu un entretien avec Mahmoud Abbas, président de l’Autorité palestinienne, en présence du chef de l’État mauritanien Ely Ould Mohamed Vall. De sources diplomatiques, on estime qu’une normalisation est prématurée en l’absence de la perspective d’une solution pacifique et finale avec les Palestiniens conformément aux résolutions de l’ONU. Arrivé le 15 novembre à l’aéroport de l’île de Djerba à bord d’un avion spécial en compagnie d’une délégation composée d’une cinquantaine de personnes, dont plusieurs journalistes, Shalom s’est rendu avec sa mère à Gabès, ville du Sud, où ils ont visité leur maison natale. Il a ensuite gagné Tunis, puis est retourné à Djerba avant de s’envoler pour Israël. Tel-Aviv a par ailleurs disposé d’un stand à l’exposition mondiale sur les nouvelles technologies de l’information organisée dans le cadre du SMSI. (Source : JA/L’Intelligent N° 2341 du 20 au 26 novembre 2005)La polémique de Tunis
par ABDELAZIZ BARROUHI, À TUNIS La seconde et dernière phase du Sommet mondial sur la société de l’information (SMSI), qui s’est tenue du 16 au 18 novembre à Tunis, s’est achevée par une déclaration commune maintenant le statu quo quant à la gouvernance d’Internet, qui demeurera, pour un temps encore, sous le contrôle des États-Unis. La déclaration comporte aussi quelques voeux pieux concernant la réduction de ce que l’on appelle la fracture numérique, mais qui fait l’objet d’une attention plus concrète des entreprises du secteur privé. Sur le plan de l’organisation matérielle de ce que l’ONU considère comme son plus grand rassemblement de tous les temps – avec plus de 18 000 participants et une exposition mondiale sur le thème des « technologies de l’information et de la communication pour tous » -, la Tunisie peut dire « mission accomplie ». Seulement voilà : des incidents avant et durant le sommet ont terni cette belle performance. Caisse de résonance idéale, un sommet mondial place automatiquement le pays qui le reçoit sous les feux de la rampe, et la Tunisie n’y a pas échappé. L’ambiance a commencé à se dégrader un mois avant le SMSI, lorsque huit personnalités politiques tunisiennes ont entamé une grève de la faim pour attirer l’attention sur l’absence de libertés (voir J.A.I. n° 2340) et réclamer une amnistie générale des prisonniers politiques, considérés par le pouvoir comme des détenus de droit commun. Volontairement ou non, autorités et grévistes jouent le pourrissement. Quadrillé par la police, avec ses principales artères interdites à la circulation, Tunis a, tout au long de cette semaine, ressemblé à une ville morte. C’est dans ce contexte que la tension est montée d’un cran. Le 11 novembre, Christophe Boltanski, envoyé spécial du quotidien français Libération, publie un article sur le tabassage de dissidents tunisiens (dont une femme, l’universitaire Sana Ben Achour, et le président de la Ligue de défense des droits de l’homme Mokhtar Trifi) qui tentaient de tenir un rassemblement jugé inopportun. Le jour même, vers 21 h 30, Boltanski est agressé par quatre hommes alors qu’il regagnait son hôtel situé dans un quartier supposé bien gardé. Bilan : de multiples contusions et une entaille de 3 centimètres dans le dos causée par une arme blanche. Les agresseurs lui ont en outre dérobé son cartable avec papiers et matériel. De quoi susciter l’émotion légitime des journalistes et l’embarras des autorités, qui annoncent l’ouverture d’une enquête. Deux suspects sont arrêtés et mis sous mandat de dépôt dès le lendemain. Intimidation ou provocation ? La question est posée. « À qui viendrait l’idée de faire une telle chose alors qu’un millier de journalistes commençaient à arriver à Tunis pour couvrir le Sommet, répond-on dans les cercles du pouvoir. La vraie question est celle de savoir à qui profite le crime. » Le deuxième incident concerne une équipe de la Radiotélévision publique belge (RTBF). Mais les autorités l’ont minimisé en faisant valoir que cette équipe tentait de filmer des policiers en faction devant la Radiotélévision tunisienne, un site interdit à la photographie. Une altercation s’est ensuivie entre les policiers, qui lui intimaient l’ordre de circuler, et l’avocate Radhia Nasraoui, une militante des droits de l’homme, qui accompagnait l’équipe belge. Le même jour, des représentants d’associations de défense des droits de l’homme, dont Human Rights Watch, et la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme sont empêchés par la police d’accéder à l’Institut Goethe en vue d’y tenir une réunion préparatoire d’un « Sommet citoyen » mondial (et non autorisé) en dehors du SMSI. Une manière de contourner la non-participation de douze ONG tunisiennes dissidentes, non reconnues par les autorités, qui n’ont pu se faire accréditer au Sommet. Cette série d’incidents, qui constitue une première en Tunisie, a provoqué une vive émotion dans les capitales européennes. Les médias français ont accordé une large place à la polémique et évoqué plusieurs fois l’affaire dans les journaux télévisés, d’ordinaire si discrets à l’endroit de la Tunisie. Philippe Douste-Blazy, le ministre français des Affaires étrangères, a demandé à Tunis de faire toute la lumière sur ces incidents et de permettre aux journalistes de la presse internationale d’accomplir normalement leur travail. Dans un communiqué publié le 18, les États-Unis se sont inquiétés de l’état des libertés : « Nous nous voyons dans l’obligation d’exprimer notre déception de voir que le gouvernement tunisien n’a pas tiré profit de cette importante manifestation pour démontrer son engagement en faveur de la liberté d’expression et de rassemblement. » Entre-temps, la liste des sites Internet critiques à l’égard du pouvoir en Tunisie et interdits d’accès aux internautes tunisiens depuis des années s’est encore allongée avec la censure de swissinfo.com. Cela tombe mal, le libre accès à l’Internet étant l’un des thèmes du Sommet. Le 16 novembre, séance d’ouverture du SMSI au Palais des congrès du Kram, à quinze kilomètres de Tunis. Chef de l’État du pays hôte, Zine el-Abidine Ben Ali préside la cérémonie. Samuel Schmid, président de la Confédération helvétique, est le troisième orateur après Ben Ali et Kofi Annan. « Toute société du savoir respecte l’indépendance de ses médias comme elle respecte les droits de l’homme, souligne le président suisse. J’attends donc que la liberté d’expression et la liberté de l’information constituent des thèmes centraux au cours de ce Sommet. Pour moi, il va de soi qu’ici, à Tunis, dans ces murs, mais aussi à l’extérieur, tout un chacun puisse discuter en toute liberté. Pour nous, c’est l’une des conditions sine qua non de la réussite de cette conférence internationale. » Les applaudissements fusent. À la fin du discours, le président Ben Ali le félicite. « Un beau discours, Monsieur le Président», lui lance-t-il. « Le président suisse a parlé de liberté d’expression, explique-t-on dans les milieux officiels. Nous sommes également pour ce principe, ici et partout dans le monde… » « Il aurait été parfait si le nom de la Tunisie n’avait été cité », commente cependant un journaliste indépendant pour expliquer le fait que la télévision tunisienne ait interrompu la retransmission en direct du discours de Schmid. Les Européens, eux, ont brillé par la faiblesse du niveau de leur représentation. Boycottage déguisé ? La France n’a envoyé qu’un ministre délégué (à l’Industrie), François Loos. Au même moment, le 16 novembre, le Premier ministre français, Dominique de Villepin, et son homologue espagnol, José Luis Zapatero, communiaient à Rabat aux côtés du roi Mohammed VI pour fêter le cinquantenaire de l’indépendance du Maroc… Le 17 novembre, au deuxième jour du Sommet, la polémique reprend avec le refoulement de Robert Menard, secrétaire général de Reporters sans frontières (RSF). Informé à la veille du SMSI par les organisateurs de l’ONU que les autorités tunisiennes faisaient valoir contre lui l’existence d’une procédure judiciaire pour saccage du bureau parisien de l’Office national du tourisme tunisien (ONTT), en 2001, il a quand même fait le déplacement. Mais la police est montée à bord de l’avion pour lui signifier l’interdiction d’entrer sur le territoire tunisien. Menard retournera à Paris à bord du même appareil. « Il est venu parce qu’il voulait qu’on l’emprisonne et créer l’incident. On lui a répondu : c’est inutile, rentrez chez vous », explique un haut responsable. Bien qu’elles se défendent d’avoir jamais cédé à la crispation politique au cours des derniers mois, les autorités décident de lâcher du lest : les ONG tunisiennes dissidentes sont finalement autorisées à tenir leur « réunion citoyenne » au siège de la LTDH, en présence de l’Iranienne Shirin Ebadi, Prix Nobel de la paix 2003. Laquelle y avait fait allusion dans son discours sur la société civile en soulignant qu’il « faut également agir pour que les gouvernements non démocratiques ne puissent pas manipuler les prises de décisions dans les instances internationales en envoyant des “ONG” qu’ils ont eux-mêmes créées et qui transmettent de fausses informations sur la situation dans leur pays ». Ebadi s’est également rendue au chevet des grévistes de la faim pour les appeler à suspendre leur mouvement, pour des raisons humaines et médicales. Ce qu’ils feront le 18 novembre. Fière d’accueillir un sommet d’une telle importance et désireuse d’en profiter pour faire état de ses avancées économiques et sociales, la Tunisie est aujourd’hui l’objet d’un véritable tir groupé. L’opération séduction qu’elle escomptait mener s’est finalement retournée contre elle. (Source : JA/L’Intelligent N° 2341 du 20 au 26 novembre 2005)Les présents et les absents
– Pays représentés par leur chef d’État : Afrique du Sud, Algérie, Bénin, Bosnie-Herzégovine, Burkina Faso, Centrafrique, Comores, Congo, Croatie, Guinée équatoriale, Lettonie, Liban, Libye, Madagascar, Mauritanie, Népal, Nigeria, Palestine, Sénégal, Soudan, Suisse, Tadjikistan, Tunisie, Zimbabwe. – Principaux chefs d’État dont l’absence a été remarquée : ceux de la plupart des pays membres de l’Union européenne, des États-Unis, d’Égypte, du Maroc (représenté par Driss Jettou, le Premier ministre), du Gabon (en campagne électorale). (Source : JA/L’Intelligent N° 2341 du 20 au 26 novembre 2005)