Tunisie : la timide opposition à Ben Ali
Tunisie : la timide opposition à Ben Ali Dans un pays où les libertés sont très limitées, le président tunisien sera réélu sans surprise, ce soir, pour un cinquième mandat. Catherine Tardrew | 25.10.2009, « Fous le camp CAMP Ben Ali, place à la liberté ! » Réunis dans la salle de la maison de la culture Ibn Rachid, dans le centre de Tunis, les partisans de Ahmed Brahim, 63 ans, le seul candidat à oser s’opposer vraiment à Zine el-Abidine Ben Ali, 73 ans, qui brigue aujourd’hui un cinquième manda
- 25 أكتوبر 2009
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- الحوار نت
Tunisie : la timide opposition à Ben Ali
Dans un pays où les libertés sont très limitées, le président tunisien sera réélu sans surprise, ce soir, pour un cinquième mandat.
Catherine Tardrew | 25.10.2009,
« Fous le camp CAMP Ben Ali, place à la liberté ! » Réunis dans la salle de la maison de la culture Ibn Rachid, dans le centre de Tunis, les partisans de Ahmed Brahim, 63 ans, le seul candidat à oser s’opposer vraiment à Zine el-Abidine Ben Ali, 73 ans, qui brigue aujourd’hui un cinquième mandat, sont déchaînés.
Ce meeting est le seul que l’adversaire du président aura été autorisé à tenir à Tunis …Ses supporteurs veulent en profiter !
Au premier rang, écharpe bleue autour du cou, Mokhtar Trifi, président de la Ligue tunisienne des droits de l’homme. Cela fait des années que l’avocat stigmatise, haut et fort, tous les manquements aux libertés publiques du régime tunisien. Et donne des exemples concrets : « Le 29 septembre dernier, Hamma Hammami, porte-parole du Parti communiste des ouvriers de Tunisie, un petit parti, qui avait dénoncé sur France 24 la répression et la corruption, a été roué de coups par des policiers en civil à l’aéroport de Tunis. Je l’ai vu juste après. Il avait le visage marqué, couvert de sang… Intimidations, brutalités, arrestations, condamnations arbitraires d’opposants se multiplient. Moi-même, j’ai été inquiété plusieurs fois… »
« Longtemps, les Tunisiens ont accepté de sacrifier leurs libertés sur l’autel du niveau de vie »
Ala veille de la victoire annoncée de Ben Ali, Tunis présente pourtant une façade bien réconfortante. Rues propres, boutiques de luxe, jolies filles élégantes aux terrasses ensoleillées, à côté de jeunes gens bien mis. « La Tunisie est en évolution constante vers la modernité, se félicite Sarah Bensedrine, 28 ans, qui termine ses études de droit international privé. Le président a misé sur les jeunes. Il a gagné ! Notre système éducatif est très performant. Tout est possible pour nous. » Hichem Ben Hamida, directeur régional de la multinationale STMicroelectronics, reconnaît « le très bon niveau » des jeunes ingénieurs qu’il recrute. « Ils sont bien payés et contents. » Anis, 30 ans, « encore étudiant parce qu’il n’y a pas de travail », ne l’est pas du tout ! Il rêve de « partir dans un autre pays, où (je) serais considéré et reconnu ».
« Soixante-dix pour cent des jeunes veulent s’en aller. Ils sont désespérés, renchérit Mokhtar Trifi. Les facs sont quadrillées par la police universitaire. Les étudiants n’ont pas l’habitude du militantisme et de la lutte. Ils ne pensent qu’à décrocher un boulot. Or, cela devient de plus en plus difficile. » « Longtemps, les Tunisiens ont accepté de sacrifier leurs libertés sur l’autel du niveau de vie, observe Samira, professeur dans un Institut supérieur de gestion. Cela ne marche plus, à cause de la crise. Seuls les privilégiés, ceux qui ont des relations, s’en sortent. Les autres sont exclus. Un terreau idéal pour les mouvements intégristes ! La religion devient valeur refuge. Les jeunes retournent en masse dans les mosquées. En cinq ans, le nombre de mes étudiantes à porter le voile a été multiplié par dix ! »
Le Parisien le 25 octobre 2009