L'opposition et la tentation du retour: Mondher Sfar
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- 9 نوفمبر 2009
- مصدر الوثيقة:
- الحوار نت
1ère partie
Non à la réddition à la maffia de Carthage !
Mondher Sfar
Un communiqué vient d'être mis sur le site de Tunisnews appelant les exilés à renoncer à leur statut de réfugiés, à se rendre auprès des consulats tunisiens et à se ranger dans la légalité du régime de Ben Ali.
Je dénonce cette initiative qui cherche à pactiser avec la maffia tunisienne au moment où elle vient de faire une démonstration de force, publique et ostentatoire, exhibant son mépris pour les moindres principes de la dignité humaine et des droits citoyens, au point de pousser ses plus grands soutiens comme Bertrand Delanoé à prendre leurs distances vis-à-vis d'un régime longtemps détesté et rejeté par dix millions de Tunisiens.
Je mets en garde mes compatriotes sur les graves conséquences de la renonciation à leur statut de réfugiés, statut qui est un droit légitime de protection contre la torture et toutes autres formes d'atteinte à la dignité humaine qui sont massivement pratiquées par le régime du général Ben Ali, et qui viennent de connaître une grave recrudescence.
En outre, renoncer à son statut de réfugié, ne nuit pas seulement à la protection des réfugiés, mais aussi au droit de protection de tous ceux qui ont des demandes en cours ou futures, car ce geste de renonciation pourrait être interprété par les organes habilités à juger des demandes d'asile comme la preuve d'un allégement de la dangerosité du régime tunisien, et de moindre risque de torture en Tunisie, ce qui est évidemment totalement faux. On imagine aisément que ce serait là un prétexte inespéré pour la France, par exemple, pour une application encore plus restrictive du droit d'asile pour les Tunisiens qui sont sous examen ou futurs requérants. Ce serait ruiner les efforts des ONG partout dans le monde qui oeuvrent pour le droit d'asile des Tunisiens, droits mis à mal par notamment par une Europe réactionnaire en matière des droits humains y compris pour ses propres citoyens.
Plus inquiétant encore, l'appel à l'opposition à se rendre armes et bagages à la dictature, ne peut être perçu par le régime que comme un signe de faiblesse de l'opposition et ne peut par conséquent que l'inciter à reboubler sa répression non seulement contre les opposants mais aussi contre le peuple tunisien d'une façon générale.
Nous avons tous une grande responsabilité historique face à un régime criminel et maffieux : c'est d'oeuvre ensemble pour le mettre hors d'état de nuire. Pour cela la Tunisie a plus que jamais besoin de tous ceux qui ont choisi - ou qui se trouvent- en exil. Il leur incombe d'être eux aux avant-postes dans le combat et la lutte contre les bourreaux et tortionnaires de notre peuple pris en ôtage par une poignée d'aventuriers sans foi ni loi.
A bas la dictature, à bas la maffia de Carthage, et vive la lutte jusqu'à la libération de la Tunisie de ses despotes oppresseurs et criminels.
Paris, le 5 novembre 2009
L'opposition et la tentation du retour.
Suite
par Mondher Sfar
Je voudrais revenir sur la question du projet du retour des exilés. Ma critique en date du 5/11/09, on l'a compris, ne vise pas une ou des personnes en particulier, malgré le fait que je fis allusion à une intervention de mon ami et un grand militant de la cause tunisienne et j'ai nommé Monsieur Abdelwahab Hani.
Je ne voudrais pas dire ici tout ce que Abdelwahab a fait depuis que la résistance se soit organisée contre l'imposture du régime du 7 novembre. Je n'en retiendrai ici qu'une chose et ce n'est pas peu : la lutte contre l'impunité des tortionnaires. Dans le texte que j'ai critiqué M. Hani a judicieusement rappelé la notion de l'aman reconnue et établie par le Bey en 1857 et qui se trouve au fondement de l'esprit constitutionnaliste (Destourien) qui est devenu plus tard le porte drapeau de la lutte nationale contre l'occupation coloniale. Ce n'est pas le lieu d'évoquer ici l'ironie de l'histoire qui a fait que l'Europe - qui a poussé aux réformes en Tunisie aboutissant à la Constitution de 1861 - soit la première à combattre l'esprit constitutionnaliste une fois qu'elle s'est emparée militairement du pays. Mais la revendication constitutionnaliste qui a vu le jour au sein du mouvement nationaliste tunisien a omis l'idée de l'aman au profit d'une revendication de nature purement politique et juridique.
C'est pourtant cet oubli qui constitue le drame que nous revivons de nos jours et qui est à l'origine de ma critique. L'aman est la garantie et la sécurité des hommes. C'est la préservation de leur intégrité physique et morale. Droit fondamental préalable à toute considération politique ou idéologique. C'est pour l'avoir oublié et négligé que nous nous trouvons aujourd'hui au point zéro de la politique. De ce fait, la torture qui est la conséquence directe du retrait de l'aman, est devenue une gangrène qui mine notre vie sociale et nos rapports humains. La torture est devenue presque invisible à nos yeux, et de fait normalisée par notre silence sur cette terrible maladie politique.
Il est temps que l'on revienne aux principes de base qui fondent notre humanité, principes incarnés dans l'idée de l'aman, qui garantie l'intégrité physique de l'homme face à l'arbitraire du prince. C'est un principe sacré et fondateur de tous les droits. Car que vaut notre lutte pour les droits à la liberté, à la démocratie, aux élections, ou à la justice quand on oublie de combattre le terrorisme d'Etat qui opère au moyen de la torture, de la prison et du mépris de la personne humaine?
La torture et la violation de la personne humaine et de son intégrité physique et morale sont des crimes absolus qui excluent toute discussion avec leurs auteurs, sans se compromettre soi-même avec ce crime. On ne peut discuter avec un criminel avant qu'il ne rende compte de son crime.
Il est urgent de rectifier le tir et d'instituer une véritable coupure avec le régime qui a fait du crime de torture son arme absolue et la colonne vertébrale de son système.
Notre revendication essentielle et incontournable est triple : 1) la fin immédiate et inconditionnelle de la violation de l'intégrité physique et morale de nos compatriotes; 2) que les criminels soient traduits, faute d'une justice locale inexistante à ce jour, devant la justice internationale habilitée à traiter des crimes contre l'humanité afin qu'ils rendent compte de leurs forfaits,; 3) que les victimes aient droit à réparation physique et morale.
C'est notre revendication de base sur laquelle on pourra dès lors reconstruire une vie politique et sociale vraie, saine, et digne de ce nom.
Cette revendication est notre cri de guerre contre la poignée de criminels qui nous gouvernent et qui terrorisent tout un peuple et qui tremblent déjà eux-mêmes de tous leurs membres à l'idée qu'ils doivent rendre un jour compte de leurs crimes. Et ce jour est proche et ne dépendra que de nous d'en faire une réalité.
Paris, le 8 novembre 2009