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L?ÉPUISEMENT D?UN SYSTÈME ÉRIGÉ

SIDI BOUZID, OU L’ÉPUISEMENT D’UN SYSTÈME ÉRIGÉ EN ’’ MODÉLE ‘’ DE RÉUSSITE Ibn Ahmed La stabilité d’un pouvoir bénéficiant d’un soutien singulier des décideurs les plus influents de la communauté européenne (France et Allemagne en tête), serait-elle-en péril ? Depuis deux ans, se succèdent, à un rythme soutenu, des manifestations dont l’ampleur et la détermination ont surpris le pouvoir en place qui pensait être à l’abri de tout mouvement d’opposition populaire, grâce à ses exceptionnelles ‘’ré

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1 يناير 2011
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الحوار نت
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SIDI BOUZID, OU L’ÉPUISEMENT D’UN SYSTÈME ÉRIGÉ EN ’’ MODÉLE ‘’ DE RÉUSSITE

Ibn Ahmed

La stabilité d’un pouvoir bénéficiant d’un soutien singulier des décideurs les plus influents de  la communauté européenne (France et Allemagne en tête), serait-elle-en péril ?

Depuis deux ans, se succèdent, à un rythme soutenu, des manifestations dont  l’ampleur et la détermination ont surpris le pouvoir en place qui pensait être à l’abri de tout mouvement d’opposition populaire, grâce à ses exceptionnelles ‘’réalisations sécuritaires ‘’. L’étendue et  la puissance des mesures préventives mises en place par le pouvoir, et affutées durant plus de vingt trois ans, ont laissé croire au caractère irréversible de sa domination; D’autant plus que son  dispositif sécuritaire a été prioritairement déployé à l’encontre de l’élite tunisienne, décapitant la société tunisienne de ses ressources intellectuelles susceptibles de la moindre dynamique d’organisation sociale ou d’action - verrouillage  totale de toute contestation , de tout espace d’expression ou de pensée alternative - et ce, par le biais d’une double approche : un volumineux appareil de police politique musclée, aux ‘’prérogatives illimitées’’, pourchassant toute personnalité indépendante ; ce bras armé est soutenu par un appareil judiciaire instrumentalisé pour servir d’organe d’épuration, sollicité à la moindre velléité de contestation politique ,voire de résistance. Le pouvoir en place a ainsi réussi à s’entourer d’une ‘’élite’’ docile et ‘’bien pensante’’. C’est donc hors de toute influence de l’élite politique, universitaire, ou syndicale, que les manifestants de  Redeyef, Benguerdane, et aujourd’hui Sidi Bouzid , ont osé braver le verrouillage de l’espace public.

Le plus surprenant est qu’ils se poursuivent (14ème jour) malgré un impressionnant dispositif répressif, conjuguant les unités spéciales (opérant la nuit par des descentes ciblées dans les logements des leaders potentiels, semant la terreur à l’abri des cameras), la police secrète (qui se mêle aux manifestants pour multiplier les provocations et les destructions de biens, offrant les alibis pour une répression sauvage) aux forces traditionnelles de la police régulière, de la garde nationale et de l’armée appelée en renfort.

 Ces soulèvements concernent les provinces habituellement exclues des zones d’intérêt du pouvoir, en raison de leur éloignement du périmètre de la ’vitrine’, servant à la junte au pouvoir de faire valoir, pour la propagande locale et internationale.

Outre le caractère spontanés et imprévisibles de ces événements, le contenu des mots d’ordre scandés par les manifestants , qui nous parviennent à travers les enregistrements diffusés sur Internet (malgré le verrouillage et la surveillance drastique), témoigne d’une teneur clairement politique ( considéré par le pouvoir comme la plus insupportable et la plus gravement répréhensible des revendications) et ne se limite pas à des revendications pour l’emploi, ou la réductions des écarts flagrants dans la répartition des richesses (inédites dans l’histoire de la Tunisie indépendante). Les mots d’ordre ciblent nommément le sommet du pouvoir, et dénoncent la spoliation ainsi que la dilapidation des biens publics.

La peur érigée en instrument et fondement légitimant le pouvoir en place, qu’on se garde d’exposer au regard de l’opinion internationale (mais qui n’échappent pas à la connaissance des décideurs occidentaux, sans exception !), semble avoir atteint un degré de saturation, révélant les limites de ce système, comme en atteste l’histoire de tous les gouvernements tyranniques.

La stigmatisation de la mafia qui gouverne le pays, apparait comme une constante dans les mots d’ordres réitérés lors des différents soulèvements populaires qu’a connus le pays depuis ces deux dernières années. Le ras le bol semble avoir atteint un point de non retour et l’appareil répressif tentaculaire semble manifestement débordé ; alors qu’il y a si peu de temps, le sentiment de désespoir des tunisiens était à son comble, face à la puissance écrasante de la machine infernale qui a réussi à réduire au silence ou à l’exil, les personnalités les mieux ‘armées’ pour l’affronter. C’est là un des points forts de sa stratégie qui est mise à défaut : 

  Donner l’exemple en atteignant, en priorité, ceux qui bénéficient d’une légitimité ou d’un soutien locale pour servir de message dissuasif (‘’aucune figure, fut elle très respectée, ne sera épargnée par la machine répressive’’).

Morceler le tissus social et associatif, en veillant à interrompre toute communication avec les penseurs et à cloisonner ou verrouiller toute continuité avec la société civile, particulièrement dans sa composante la plus vulnérable qu’est la jeunesse ; celle  ci n’a plus que deux alternatives : la canalisation de son énergie vers le ‘’divertissement’’, pour calmer son mal de vivre, combler le vide culturel dont elle souffre, et éponger les frustrations professionnelles et matérielles qu’elle subi ( le football , les drogues illicites , la prostitution encouragée, l’alcool à bas prix ...) ; ses divertissements, obéissant à un quasi monopole de la part de l’oligarchie au pouvoir, qui, outre leur ‘’utilité politique’’, offrent une source notable d’enrichissement rapide, pour les  proches fidèles du pouvoir.

La tentative de rejoindre l’autre rive de la méditerranée, malgré les risques majeurs encourus et les chances  minimes d’y parvenir, témoignent de la profondeur  du désespoir. Voire par le suicide, comme ce fut le cas pour ce jeune diplômé de Sidi Bouzid, et pour tant d’autres non révélés.

Si les causes économiques ont été invoquées pour justifier ces soulèvements ; portant de ce fait un coup fatal à l’argument majeur de la propagande officielle concernant la réussite économique qui tempère le ‘’déficit de liberté’’ ; il n’en demeure pas moins que le moteur déterminant de ce ‘’ras-le-bol‘’, est cristallisé dans le sentiment profond d’humiliation ressenti et  l’insoutenable conscience d’une  dignité bafouée, dans laquelle le citoyen se trouve systématiquement  confronté, dans sa vie quotidienne . Quant à la course à l’enrichissement (à l’instar de ce qu’offrent les économies libérales, dont se revendique  le pouvoir Tunisien) qui aurait pu canaliser une partie de la jeunesse diplômée, cette voie reste sans issue, en raison de la nature mafieuse et clientéliste du système économique et financier. Ce système exclu l’égalité des chances et demeure compromis par l’arbitrage d’une  justice asservie par la mafia. De part sa nature parasite, la mafia au pouvoir, ne peut naturellement favoriser la concurrence, par le truchement de la qualité ou du talent, qui menacerait sa propre existence. Cette logique d’exclusion, a été étendue à tous les secteurs d’activités, qui ont vu progressivement disparaitre, du champ publique, la majorité  des talents (par le retrait ou l’exil), tant le pouvoir redoute ce profil de légitimité, qui ne peut lui être soumis.

La fracture entre la jeunesse et le régime en place parait, désormais, irrémédiable ; le « génie »  de ce régime, semble avoir épuisé toutes ses ressources, au premier rang desquels, la terreur et la propagande, dans tous les espaces médiatiques qui  sont sous sa totale emprise, comme chaque mètre carré de l’espace public. Ce ‘’modèle’’ de gouvernance, jusque là redoutables d’efficacité, et qui suscitait la sympathie et l’admiration (en coulisse) de bon nombre de décideurs européens ou arabes, semble ne plus être opérant. 

Le vide et la marginalisation de toute tentative (autre que morbide) de canalisation de l’énergie de notre jeunesse, expose le pays à des risques de violences et de débordements qui pourraient avoir des effets pervers et se traduire par une ultime exacerbation de la violence policière aveugle ; ou par une militarisation plus ou moins voilée du régime. Car on voit mal un régime aussi compromis, accepter de s’engager dans une reforme profonde, devenue indispensable avec les compétences réelles (actuellement exclus), susceptible de redonner confiance à l’investissement tunisien ou étranger dans les projets viables, et laisser se déployer les potentialités créatrices, dont la Tunisie n’est pas en manque. Quant à l’hypothèse d’une transition pacifique du pouvoir, par le biais d’élections susceptibles d’offrir une alternative qui rencontre les aspirations légitimes de la jeunesse tunisienne - et qui la réconcilie avec sa traditionnelle  joie de vivre et de bâtir l’avenir qu’elle mérite - elle relève de l’improbable… Et ce, tant que le soutien indéfectible des pays occidentaux se poursuivra, dans une logique politique insensée, qui est celle de privilégier un objectif illusoire (combattre l’extrémisme, ou réduire le flux des ‘’ boat people’’) par un régime qui a réussi l’exploit de faire pousser les germes de ce même extrémisme, dans un terroir qui  était si peu propice, au regard de  la culture et des traditions de modération millénaires  des tunisiens ; c’est maintenir un pyromane, à la tète d’une caserne…

Nous n’en sommes pas à la première cécité de gouvernants. Si les gouvernements occidentaux influents,  tiennent au régime actuel et se lamentent, à l’occasion, de l’absence d’alternative (systématiquement laminée par la dictature !), il est temps qu’ils sachent que les Tunisiens n’en veulent plus, et encore moins de la vie dans une caserne…

  Ibn Ahmed    

Le 28/12/2010

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