Allahou Akbar Saïd Gmobra n'est plus
Allahou Akbar Saïd Gmobra n'est plus, il rejoint Mjahed Dhibi et Saïd Bouziri... Nous sommes tous mortels... Abdel Wahab Hani L'un des piliers historiques du parti au pouvoir, dans la diaspora en France, s'est éteint le vendredi 20 novembre 2009 à l'Hôpital Bichat à Paris. Sa dépouille a été évacuée le jour même à bord d'un avion de la compagnie nationale Tunis Air vers Djerba, d'où il a été transféré à son Ghomrassen natal, dans le sud tunisien, pour y être enterré. Membre n° 66 du Comité centr
- 22 نوفمبر 2009
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Allahou Akbar
Saïd Gmobra n'est plus, il rejoint Mjahed Dhibi et Saïd Bouziri...
Nous sommes tous mortels...
Abdel Wahab Hani
L'un des piliers historiques du parti au pouvoir, dans la diaspora en France, s'est éteint le vendredi 20 novembre 2009 à l'Hôpital Bichat à Paris. Sa dépouille a été évacuée le jour même à bord d'un avion de la compagnie nationale Tunis Air vers Djerba, d'où il a été transféré à son Ghomrassen natal, dans le sud tunisien, pour y être enterré.
Membre n° 66 du Comité central du parti au pouvoir, le Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD), Saïd Gombra fut, au sein de la diaspora, une figure du Parti Libéral Destourien (Le Neo Destour), puis du Parti Socialiste Destourien (PSD) puis du (RCD), toujours au pouvoir.
La légende veut même que ce ghamrassenien autodidacte eut le privilège de fonder la première cellule du Destour en France après l'Indépendance, au début des années 1960.
Nous l'avions combattu durant son règne, en adversaire politique et non en ennemi. Nous lui avons mené la vie dure, au Botzaris, ancien foyer parisien des jeunes filles étudiantes tunisiennes sous Sa Majesté le Bey et sous feu le Zaïm Habib Bourguiba, transformé depuis en siège du parti, sous la couverture très peu légale du Rassemblement des tunisiens en France (RTF).
Seul parmi ses collègues, Saïd avait la possibilité de mobiliser des dizaines d’adhérents de son parti en un quart d’heure. Il usait souvent de son propre carnet d'adresses et faisait appel à ses connaissances, pour défendre son parti. Il n'a pas hésité à utiliser tous les moyens de mobilisation, d'infiltration et d'intimidation même, à l'égard des opposants, mais jamais, de mémoire de militant, un acte de violence. Ce qui fut malgré tout une des ses qualités.
Cette qualité était appréciable, dans le Paris du début et du milieu des années 1990 où les militants de la poignée de la première heure marchaient la peur au ventre, changeant de café et ne donnant jamais leur itinéraire, même lors d'un déplacement banal. Les précautions d'usage étaient de mise surtout après l'agression criminelle, en pleine rue, des vaillants militants Sid Ahmed Manaï et Si Mondher Sfar.
Saïd Gombra était de toutes les manifestations, de tous les rassemblements et de toutes les actions entreprises par la diaspora pour la défense des libertés en Tunisie, mais toujours de l'autre bord, pour défendre son parti, toujours loyalement, aveuglement parfois.
Lors de l'annonce de la visite du criminel de guerre Ariel Sharon, en marge du Sommet Mondial sur la Société de l'Information (SMSI), accueilli par notre pays, en novembre 2005, ses troupes étaient clairsemées et la mobilisation était au plus faible. Gombra trouva le moyen de mettre ses troupes en file indienne, pour en gonfler l'apparence, l’obscurité de la nuit tombée aidant. Il disait à certains militants, très mal à l'aise, une fois notre Rassemblement de protestation dispersé (Place Saint François Xavier, proche de notre Ambassade de Tunisie à Paris) : « Je ne peux accepter la visite d'un criminel de guerre israélien et je vais protester auprès de Tunis, mais il faut défendre le pays à tous prix ». La défense de la patrie était pour lui la défense du régime en place. On l'entendit dire, avec fermeté, qu'il allait protester, à sa manière, auprès de ses supérieurs à Tunis.
Cette attitude n'a pas du plaire à certaines personnes influentes et son nom n'a pas été proposé au renouvellement du Comité central du parti en août 2008. Ses proches affirment qu'il a dû menacer, personnellement, le Ministre d’Etat, Abdelaziz Ben Dhia. La rumeur qui court dans la Paris tunisien veut qu'il ait dit à son interlocuteur: « Je me suiciderais, je me jetterais du haut de la maison du parti ». Son nom a finalement été coopté dans le quota "présidentiel" réservé au Président du parti.
Ses amis lui reconnaissent une capacité de mobilisation de ses troupes. Et sa présence, reconnaissons-le aussi, a permis de calmer des militants zélés et excités du RCD, évitant ainsi les dérapages irréparables.
Lors d'une manifestation générale parisienne, manifestation réelle s'entend et pas virtuelle, nous étions nombreux à distribuer des tracts, à l’initiative des vaillants militants du Comité pour le Respect des Libertés et des Droits de l'Homme en Tunisie (CRLDHT), notamment Si Moueiddine Cherbib, Si Tarek Belhiba et Si Khémaïs Ksila. Et certaines militantes excitées du parti au pouvoir faisaient du racolage vulgaire auprès des passants et accusèrent, déjà, les militants de « Harkisme » et de collision avec l'étranger. Ce qui nous mis dans un état de colère extrême, contre ces 'patriotes' de la dernière heure qui dénigrent des militants qui ont tout sacrifié pour défendre la veuve et l'orphelin.
La tension était à son extrême et la police française sur les nerfs, déjà que la manifestation risquait de dégénérer. Saïd était alors intervenu, en personne, pour extraire les zélées de son bord, en les mettant hors d'état de nuire et en criant à leur face: « Arrêtez d'accuser à outrance les opposants. Ils sont opposants, certes, mais pas des harkis ou des collabos. Arrêter ce spectacle minable devant les étrangers. Ce sont des opposants mais pas nos ennemis. Nous sommes tous des tunisiens... ». Puis, il est venu s'excuser personnellement pour ce dérapage. Il me fit transmettre, par la suite, par l'entremise de Si Mohamed Hédi Jerbi, ancien du légendaire Parti de l'Unité Populaire (PUP) de Sid Ahmed Ben Saleh, ses « regrets les plus sincères pour les agissements de 'ces gens' qui ne connaissent pas les familles militantes qui ont payé cher le combat de la dignité des tunisiens pour l'Indépendance et pour l'Edification de l'Etat moderne ».
Plus tard, au stand Tunisie au Salon international du livre à Paris, il s'efforça de me glisser, sans aucune animosité: "Chacun fait de son mieux pour le pays. L'essentiel c'est de servir les tunisiens et la patrie, chacun à sa manière"
En ces temps où la machine du parti s'emballe et où Mohamed Ghariani, le jeune Secrétaire général qui garde la ‘maison’ de l’Avenue Mohamed V, concentre la quasi intégralité de ses discours à l'attaque, tous azimuts, contre les opposants, le parti au pouvoir doit se rappeler ses mots de Saïd Gombra, prononcés en pleine situation conflictuelle, mais dans la dignité du combat loyal, que se livrent des hommes dignes et loyaux envers la patrie: "Nous sommes tous des tunisiens..."
Au delà de l'appréciation que l'on pourrait avoir du personnage, sa famille, son épouse et ses trois enfants, ont droit à la compassion aujourd'hui. La mort est ce qu'il y a de plus commun entre les humains. La mort efface et éteint les rancunes et les règlements de compte de notre vie ici-bas.
La disparition de Saïd Gombra réveille en nous, quelques réflexions profondes sur notre condition de tunisiens de la diaspora, avec nos divergences et conflits éternels, ainsi qu'à notre condition de Nation en conflits latents et non-dits:
i- En quelques mois, chacune des familles politiques, qui représentent la richesse de la patrie, a fait le deuil d’un de ses militants de la diaspora: Saïd Gombra aujourd'hui pour le parti destourien, Mjahed Dh'hibi, militant islamiste exilé en Suisse hier, Saïd Bouziri, militant associatif de gauche avant hier. Leurs amis respectifs leur ont rendu un dernier hommage ici-bas. Mais ils n'ont pas eu le même traitement.
Pendant que le corps de Saïd reposait en paix, dans son Ghomrasen natal, à peine 24 h après son décès, Mjahed a dû attendre, dans la douleur, les lourdeurs administratives avant le rapatriement de sa dépouille. Pourtant, ils sont tous enfants de cette Tunisie qui nous unit. Ils ont tous égaux devant les lois de la République, morts ou vivants.
Mjahed et tous ceux qui l'ont précédé ; Aref Aloui, décédé en Libye ; Mohamed Chaniour, décédé au Soudan ; Jamila Balti, décédée en Suisse ; pour ne citer que quelques uns de nos exilés qui sont tombés dans le champ d'une bataille inutile, qui n'a que trop duré et qui n'est pas bataille, mais errance et malheur... ont droit au même traitement morts, après en avoir été privés d'Equité vivants. Prions Allah le tout puissant qu'ils seront les derniers que la Tunisie perd dans l’errance de exil.
ii- La 2ième remarque qui s'impose et ce n'est nullement de la surenchère politicienne, ce n'est pas dans notre culture. Les quotidiens du parti au pouvoir Al Hurria (anciennement Al-Amal,) et Le Renouveau (anciennement L'Action de Tunisie), tous deux fondés par feu le Zaïm Habib Bourguiba et ses compagnons de la Libération, n'ont sifflé mot sur la disparition d'un membre du Comité central du parti et l'un des piliers du parti au pouvoir en France, où la diaspora représente près de 10% de la population nationale.
En d'autres temps, Al-Hurria présentait les condoléances de Mohamed Ghariani, Secrétaire général du parti au pouvoir, à la famille Trabelsi après la disparition de leur fils Tarek, pourtant inconnu par les militants du parti et ses cadres et sans aucun apport connu à la Nation, à la République et même au ‘Changement', hormis son appartenance à la belle famille présidentielle. La Presse de Tunisie, (organe officiel du gouvernement de la République, fondé par feu Si Henri Smadja, fondateur de Combat avec Camus, ayant titré sa dernière livraison : « Adieu, on coule.. », avant sa nationalisation dans les années 1960) en fera pareille nécrologie officielle.
En plaçant son parti au service et à l’écoute des malheurs de la seule belle-famille présidentielle et en négligeant les adhérents, Ghariani met à mal les militants de son propre parti, qui ont sacrifié leur vie durant pour sa défense. Ghariani risque de s'éloigner ainsi de sa base historique au profit d'une nouvelle culture plus proche de l'oligarchie que de la ‘famille destourienne militante’.
iii- Nous sommes tous, pour finir, égaux devant la mort. Ces moments de deuil de Gombra, Mjahed et Bouziri et qui sait demain... doivent nous inciter à revoir les rapports de haine, dite parfois sacrée (quelle connerie.. révolutionnaire de surcroît..) et d'animosité extrême qui ont souvent structuré les relations entre les différents partenaires de la vie politique et intellectuelle tunisienne. Nous ne sommes pas des adversaires, pas des ennemis, fallait-il le répéter et le répéter jusqu'à l'ancrer dans les langues, les gestes pratiques et les esprits, et surtout dans les âmes, comme nous le demande notre noble religion.
Que les familles Mjahed, Gombra et Bouziri trouvent ici la compassion qu'ils nous doivent en ces moments douloureux.
Enfants de la patrie reconnaissante, soldats Saïd Gombra, Mjhahed Dhibi, Saïd Bouziri, reposez en paix.
Kollo Nafsin Dha'iqatou Al Mawt (Toute personne humaine goûtera à la mort)
Le Saint Coran
Abdel Wahab Hani
Nogent sur Marne
22 novembre 2009